Brûlé vif, Philippe St-Pierre court !

J’attendais à un comptoir pour commander mon repas dans un centre commercial de Laval après avoir recueilli mon dossard pour le marathon des Pompiers, il y a quelques semaines. Soudainement, une jeune femme s’approche, tenant un enfant dans ses bras. « Êtes-vous M. Lequin qui écrit des textes sur la course à pied ? », m’a-t-elle demandé. « Je voulais vous dire que j’aime bien vous lire », a-t-elle ajouté. Je l’ai remercié.
Puis, une discussion s’en est suivie et c’est à ce moment que j’allais découvrir que ce merveilleux hasard me conduirait vers une entrevue fantastique. Elle m’a glissé un mot sur son mari, Philippe St-Pierre, qui allait courir le 10km le lendemain à Laval. Mais le reste de notre entretien allait me renverser.
Nous sommes le 25 septembre 2016. Philippe participe à un voyage de chasse comme il en a l’habitude depuis quelques années, au nord de Manic 5, où il possède même un camp. Homme d’affaires, propriétaire de trois concessions dans la vente d’automobile à Gatineau, il pilote des avions depuis 18 ans et totalise près de 3,000 heures de vol.
« J’allais reconduire deux autres amis quand une défaillance mécanique a occasionné l’arrêt du moteur. L’avion s’est écrasé dans les épinettes. Il manquait environ 1,000 pieds pour que j’atteigne le lac. Je ne pouvais sortir par la porte, écrasée sous le choc. J’ai dû fracasser le pare-brise de l’avion avec ma main pour m’échapper. Le feu a éclaté et en sortant, j’ai littéralement reçu une douche d’essence. J’étais brûlé au 3e degré sur 50% de mon corps. Pour arrêter le feu, je me suis jeté dans une mare d’eau non loin. De nombreux hasards positifs ont aidé la suite des événements. L’accident est survenu à 13h et les membres de l’armée sont arrivés sur place à 21h30 », raconte Philippe, bien calmement, que nous avons rencontré dans sa maison, à Gatineau. Les deux autres personnes dans l’avion sont décédées.
Son visage tuméfié laissera à jamais le souvenir de cette fatalité. Après trois mois dans le coma, on l’a réveillé le 1erdécembre. Il fallait libérer la pression exercée sur les artères suite aux enflures pour éviter le syndrome du compartiment. Il se souvient qu’en marchant vers le camp après son accident, il ne souffrait pas outre mesure. Arrivé au chalet, il a sauté dans le lac mais c’est par la suite que le danger le menaçait.
Dans l’attente des secours, l’hypothermie a fait des siennes. Il fut immédiatement transféré à Québec. Il raconte : « J’ai dû subir de 3 à 6 chirurgies par semaine lors de mon coma pour greffer la peau. Les médecins en ont pris partout sauf sous mes pieds et un petit carré sous mon bras droit. Imagine ceux ou celles qui possèdent des tatous ! », s’est-il permis de blaguer malgré l’effroyable récit.
Son avenir s’annonçait incertain. Plusieurs médecins se disaient quelque peu pessimistes. Philippe a su déjouer les pronostics. Il est sorti de l’hôpital en décembre 2016 et du centre de réadaptation, en avril 2017, dans les deux cas, devançant les dates anticipées par les spécialistes.
Obligatoirement, il a dû accorder des milliers d’heures de travail dans sa période de réhabilitation. Juste attacher ses souliers ou de simples boutons de chemise devenait toute une commande. Jamais, au grand jamais, il s’est découragé. Il fut brûlé jusqu’à la boîte crânienne, sous les yeux. Par conséquent, le vent l’agace. Quand il dort, il ne peut fermer les yeux au complet. Impossible de rester au soleil ou au froid. Un 5 degrés Celsius avec du vent se transforme en un -30 Celsius pour lui. Adepte de la motoneige, c’est terminé.

Celui qui aura 43 ans le 3 novembre avait débuté à courir en 2012 à cause de Noëlla, son épouse, une adepte. « À l’hôpital, on m’avait dit que je ne pourrais plus courir, peut-être même incapable de marcher. Sauf le docteur Abel, adepte de marathon, capable d’un temps de 2h45, qui ne voyait pas pourquoi je ne pourrais pas vivre comme avant. Son témoignage a ravivé l’espoir chez Philippe.
Ce dernier comptait trois 21km à son dossier avant l’accident dont le dernier en Autriche ! Le 10km à Laval, il l’a fait pour les Grands Brulés. « C’est venu boucler la boucle. J’estime que je suis revenu comme avant, que je suis guéri et cela même s’il me reste encore quelques traitements au laser, chez le physio et quelques chirurgies. Je me considère chanceux d’être encore en vie et de ne pas être handicapé en permanence. »
Philippe est doté d’un moral d’acier. En train de mourir, quelques heures après l’accident, il faisait rire le personnel qui lui prodiguait des soins. « Il faut garder notre tête, rester positif. Ma vie m’appartient, je ne veux pas la laisser passer. Le mental, c’est nous qui le guidons. »

N’eut été du feu, Philippe serait sorti indemne de l’accident. « J’ai choisi d’affronter le feu. J’ai accepté les brûlures, les conséquences de mes actes. Je n’ai pas été surpris par le feu, voilà ce qui m’a peut-être permis d’éviter un choc, une dépression, un découragement contrairement à plusieurs personnes qui subissent d’importantes brûlures ».
L’évacuation de la chaleur représente son plus grand défi lorsqu’il court. À Laval, il n’aurait pas fallu ajouter quelques kilomètres de plus car il aurait pu s’évanouir. Il a dû terminer le dernier droit avec plusieurs serviettes d’eau froide sur la tête. « Les greffés ne peuvent évacuer la sueur car les glandes qui permettent ce travail ne fonctionnent plus ». Par conséquent, octobre-novembre constitue la période idéale pour courir.
Philippe estime que dans de telles circonstances, il faut être capable de rire de nous. À son avis, il n’existe aucune autre solution. « On se retrouve dans un tunnel. On ne peut, ni se diriger vers la droite, ni vers la gauche et impossible de reculer. On doit regarder droit devant. On se refait une vie. J’ai trouvé une façon de m’en sortir. Mon accident n’est pas une fin en soi. »
Pendant l’entrevue, Noëlla amusait Catherine, âgée de deux ans et trois mois. Celle-ci avait six mois quand l’accident est survenu. Tout comme Noëlla qui fut d’un support incroyable, Catherine apportera un baume à cette malchance dans le futur de Philippe.
 Il termine en disant : « Tu sais, la ligne était mince pour moi entre sortir de l’avion et rester prisonnier. Maintenant, on se refait une vie. »

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